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949, un signe ?

Auteure : Jocelyne Chaillou Dubly

— Attention, Martin, crie Elianthe, sa mère, qui se faufile derrière une borne en pierre.
Ce jour d’été 949, le fils aîné du seigneur Ephrem de Bresiliaco est de sortie. Comme à son habitude, il fouette son cheval afin qu’il galope dans les rues étroites de Valsiger. Son plaisir se décuple quand il ressent la peur des femmes prises de panique à sa venue soudaine. Les entendre hurler attise le démon qui l’habite. Les jupons volent. Les dames se réfugient derrière ces bouteroues salvateurs. Une ribambelle de mioches agiles comme des écureuils, aux trousses de leurs mères, s’apprêtent à se cacher de la folie du jeune seigneur.
Le cavalier intrépide ira se confesser le soir même auprès de l’abbé Arifons qui l’absoudra sans difficulté car il a eu vent que Gimer, l’évêque de Carcassonne est en train de fomenter un projet pour annexer certaines villas afin d’enrichir le monastère. Bresiliaco sera donnée par son père ainsi que l’église Saint-Martin. Alors, une absolution sera la moindre des choses, face à l’immense richesse qui va remplir les caisses de l’abbaye. La famille seigneuriale s’établira un peu plus haut, juste au dessus des usines situées sur la Dure où l’on tanne les peaux, où on lave les laines. Un commerce prospère.
Pourtant, derrière le galop endiablé de l’insouciant, un enfant de cinq ans, Martin, n’a pas eu le temps de se protéger derrière la borne et le sabot du cheval est venu le percuter. Sa mère vilipende ce bon à rien de fils de riche, mais rien n’y fait. Son fils baigne dans une mare de sang, évanoui.
Marc le potier a tout vu, s’approche de l’enfant et observe la blessure. Sa jambe droite est en très mauvais état, comme hachée menue par la force du sabot avec une blessure ouverte au niveau du genou qui saigne abondamment. Vite, il colmate la plaie avec de l’argile. Le petit est transporté chez le rhabilleur, trois maisons plus loin. Le vieil Édouard est toujours prêt à rendre service. Il est réputé. On vient de loin pour se faire soigner. Les prières du bon Dieu peuvent peut-être faire de l’effet, mais les mains d’Édouard ont quelque chose de magique, ce quelque chose qui fait que passés entre ses « doigts de fées », on peut guérir de tout, même de la bêtise installée dans le crâne des plus idiots. Le fils d’Ephrem devrait bien s’arrêter chez lui au lieu de faire la grenouille de bénitier auprès de l’abbé.
Martin râle dans son demi sommeil. La fièvre monte déjà. La blessure est grave. Le sang s’est arrêté de couler grâce à l’argile. Il faut agir vite. Impossible de le laisser dans cet état. Il faut amputer au-dessus du genou. Elianthe, bouleversée, s’écroule. Édouard l’invective sévèrement.
— Ce n’est pas le moment de t’effondrer. Fais-moi vite bouillir de l’eau.
Édouard est un habitué de ce type d’opérations. Les guerres apportent leur lot de blessés parfois bien plus graves encore.

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